Paul Beaupère. Un ordinaire de Supers-héros.

Drôles de rencontre à cet endroit…

In Trucs et machins. on 16 novembre 2018 at 10 h 50 min

Brèves de Brive-8

Drôles de rencontre à cet endroit…

J’écris pour les enfants, de 8 à 12 ans pas très précisément, souvent ils viennent avec leurs parents, quelques fois sans. Quand l’écrivain, entendez par là celui qui travail à l’élévation des âmes adultes, rencontre son public, il lui faut lever la tête, rare exercice d’humilité pour certain d’entre eux, plus prompts à tout voir depuis l’Olympe ou ils se sont auto-installés. Quand l’auteur jeunesse, cet être qui fait des phrases, qui raconte des histoires, mais ne saurait que très rarement faire de la littérature, rencontre son public, il a le privilège de le voir en face, de regarder son lecteur dans les yeux. Auteur pour enfant, je dédicace à leur hauteur et, même si ça ne dépasse que très rarement 1,4 m, croyez-moi, ça ne manque pas d’élévations. Ils sont capables d’admiration, de dire qu’ils aiment, de ne pas aimer et de le dire aussi. Crûment quelques fois, mais jamais cruellement, c’est comme ça, entre eux ils peuvent être loups, avec moi ils ont toujours été choux. Il y a bien longtemps que je ne fais plus partie de leurs tribus, que j’ai quitté les rives de l’enfance, pourtant, il me laisse croire que je peux revenir y habiter encore un peu. Ces gens-là sont accueillants. Il m’est arrivé une drôle de chose, ce n’était pas à Brive, c’était il y a quelques semaines, au Mans. Un couple vient pour se faire dédicacer un tome des « folles aventures de la famille Saint-Arthur ». Ils devaient avoir 40 ans tous les deux, « C’est pour elle » me dit-il, en désignant celle qui semblait être sa moitié. J’aurais pu m’étonner qu’a cet âge-là on me lise encore, mais justement, quel âge avait ils vraiment. Sur leur papier d’identité, la date inscrite leur donnait sans doute l’âge d’être parents, dans la réalité, je crois bien qu’ils étaient, tous les deux, à jamais des enfants. J’ai dédicacé pour elle comme pour tous les autres, mais cette fois-ci en levant les yeux. Ils sont repartis, heureux, lui protecteur, elle souriante. Ce jour-là les lecteurs affluaient, ça arrive quelquefois, je suis passé au suivant, refermant cette porte ouverte sur un monde où l’enfance est une éternité. L’histoire aurait pu s’arrêter là si, quelques instants plus tard, une des bénévoles du stand sur lequel je signais ne m’avait raconté la suite. Sortie quelques minutes, elle était passée devant les tables à piquenique qui attendaient que le lecteur se change en mangeur. À une des tables, il y avait mon petit couple, tous deux assis, elle écoutant, lui lisant mon livre à haute voix. J’écris pour les enfants, le plus souvent de 8 à 12 ans, mais quelques fois ils sont plus grands. Et c’est bien.

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Devine qui vient dîner ce soir

In Trucs et machins. on 15 novembre 2018 at 20 h 11 min

Brèves de Brive-7

Devine qui vient dîner ce soir.

Dis-moi avec qui tu dînes, je te dirais qui tu es ! La journée de dédicaces finie, une fois les crayons posés, une fois passée l’effervescence des foules en délires qui se ruent sur nos personnes et nos livres pour ouvrir les uns et toucher les autres, quand sonne l’heure du dîner, l’auteur briviste se pourlèche les babines. Il sait que ici le bonheur se vit aussi assis. Donc, c’est dans un établissement cossu, feux dans la cheminée, piano et serviettes damassées, que nos séants choisissent de siéger. Et là, c’est un festival. Juste à côté de nous, trône un homme qui, pour un scooter et des croissants, perdit son fauteuil. Plus loin, une auteur célèbre prouve, sous un chapeau qui en la cachant ne fait que la montrer, que les fruits pourris c’est bien mignon, mais qu’il n’y a pas que ça dans la vie. Plus haut, un chanteur des années 80 vit, sans le voir, un festival qu’il enchante. De-ci de-là, des gloires de la plume passent auréolé du mystère qu’elles cultivent, quelques traits sont tirés, quelques peaux aussi, quelques stars ont vieillis, on en voit une qui fut reine de la nuit. À la fin, le piano, bon enfant, donne la note quand l’assemblé s’égosille plus ou moins juste. Tant de voix qui ne sont plus pour moi se dit l’homme aux croissants qui, cette fois encore, fit venir la pluie, tant de plumes et pas un boa, pense celle qui fut Zora. La soirée se termine dans des liqueurs où se noient les prix manqués où naissent les rêves des succès de demain.

C’est pour toi ?

In Trucs et machins. on 14 novembre 2018 at 20 h 48 min

Brèves de Brive-6

C’est pour toi ?

Je crois qu’il me faut faire un aveu. J’aime dédicacer. C’est quand même une chose bien étrange à la fin que d’être assis là, derrière ses piles, à attendre qu’on vienne vous lire. Je ne sais pas pour qui écrivent mes petits camarades, pour eux, pour personne, pour leur éditeur, pour la gloire, pour vivre, que sais-je encore. Quant à moi, il me semble que j’écris pour ce jeune lecteur qui s’avance. Hésitant pour certains, conquérant ou à reculons pour d’autres, souriant ou fermé, celui qui connaît mes livres, celui qui ne les a jamais vus, l’un qui ose les ouvrir, l’autre pas, ce jeune lecteur qui soudain lève la tête et les veut tous, cet autre qui n’en veut aucun et derrière lequel ses parents insistent pour qu’il « essaye, au moins un », celui qui regarde et d’un haussement d’épaules me dit très sûrement « c’est de la merde », tandis que derrière lui ses parents me lancent un « on va réfléchir » de politesse, qui veut dire, « excuser le… Mais vous avez vous aussi des enfants, vous savez comment ils sont ». Alors il y a ce moment où mon lecteur, peut-être l’est il déjà, peut-être est-ce un futur, me tend le livre maladroitement et, où je lui demande, « C’est pour toi ? », alors tout commence. Je crois qu’il me faut faire un aveu. J’aime dédicacer.

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