Paul Beaupère. Un ordinaire de Supers-héros.

1971 « Les chênes qu’on abat. 2014 Tree s’effondre… O temporal o mores, l’époque à les arbres qu’elle mérite.

In Trucs et machins. on 22 octobre 2014 at 17 h 14 min

Hier, dans un moment d’inconscience, je tweetais : “1971 « Les chênes qu’on abat. 2014 Tree s’effondre… O temporal o mores, l’époque à les arbres qu’elle mérite.”
Fasciné par la profondeur de la formule, je dois reconnaître que pour la formule j’ai l’art, pour le reste… Faut voir… Donc, disais-je, fasciné par la profondeur de la formule, un de mes honorables correspondants facebookien, sans doute mit en appétit, sans doute dans l’espérance de pénétrer plus avant cette profonde pensée qui est la mienne, un des miens amis virtuel, bien que celui-là ne le fut point complètement, un voisin pour tout dire, me mit au défi d’aller plus loin dans ladite idée. Il avait senti là tout le potentiel métaphysique, toute la portée philosophique, toute l’ambition politique que, dissimulé sous une formule, la phrase, anodine apparemment, portait en son sein.
-Fais un discours sur le sujet ! me répond-il.
Je ressens immédiatement, sous la formule si quotidienne en apparence, si banale pour tout dire, je sens poindre le désespoir de l’homme qui sent à porter de ses lèvres la source à laquelle il pourrait enfin désaltérer son esprit après une rude travers é d’un désert spirituel et intellectuel. Derrière l’ami se cache l’homme, derrière l’homme pointe le désespoir, l’avide d’infinis, l’être aspiré par la grandeur assoifé de grand de beau de haut. Cet être-là se tourne vers moi, et, telle la plante se tournant vers Seymour Krelborn, il murmure en ces mots : nourris-moi !

Donc un arbre a poussé place Vendôme ! Quand ses frères de la forêt poussent sans bruit, celui-là le fit avec tambour et trompette. Fier étendard qui pour se faire voir se gonfle s’enfle se boursoufle et tel la grenouille de la fable se pare d’une importance qu’il na pas, batracien chez les artistes, McCarthy plein de son art qui à juste titre n’est fait que de vide, c’est sa matière première c’est de lui qu’il s’agit, c’est de lui qu’il parle, c’est lui qu’il expose, rainette au pays des rois des empereurs voilà notre américain qui s’exhibe !
La chose est là ! Énorme, colossale, gigantesque ! Elle trône se parant de la beauté du lieu pour faire écrin à sa laideur, elle hurle regardez moi, elle crie je suis là, tel un sale gosse mal élevé qui au restaurant fais trop de bruit et joue sous la table, l’arbre se fait remarquer ! Avant elle c’est un homard qui chez Louis Soleil avait cru devenir une œuvre par la magie de la provocation… Jeunes œuvres séniles !
Il y a de cela quelques siècles, ou plus allez savoir, Jehan Lecourt, un tailleur de pierre venu de nulle part prit part à la construction de quelques cathédrales, il était c’est chose sûr, accompagné de maître Pierre Groscailloux, un sculpteur qui avait fait la fierté de son maître quand, à douze ans, il avait si bien donné la vie à un lys de pierre sur un chapiteau de colonne dans la chapelle aujourd’hui détruite d’un village depuis longtemps oublié. Ces deux-là participèrent, avec d’autres c’est vrai à l’édification de ces montagnes de pierres qui depuis mille ans s’élèvent en dentelle pour accompagner les prières des hommes, ces deux-là n’avaient d’autres idées que de faire bien, que de faire beau ! Ils étaient, dinosaures perdus d’une époque révolue, au service de quelque chose de plus grand qu’eux. Quand ils levaient les yeux, c’étaient vers le ciel, quand ils se retournaient c’étaient vers les hommes, quand ils oeuvraient c’étaient pour lier les deux. Artisans, maîtres en leurs arts ces deux là, parmi tellement d’autres, ont écrit sans autres bruits que ceux de leurs burins, de leurs marteaux et des moult ciseaux, les pages d’un livre qui était fait pour être lu par ceux qui ne le savaient pas. L’œuvre était à l’époque plus grande que l’artiste, l’art, loin de mépriser, parlait à tous. Aujourd’hui il ne reste rien de ces deux là, Pierre Groscailloux et Jehan Lecourt, l’homme avait semble’il des jambes anormalement petites, tous deux ont disparu sans laisser de traces, pas de tombes ou se recueillir, pas de monuments pour se prosterner, pas de nom gravé dans la pierre de quelques stèles ou plaque sur un mur ! Seul reste l’œuvre.
Aujourd’hui, peu importe l’œuvre pourvu que l’artiste ait l’ivresse de voir son nom écrit en gros. C’est peut être Marcel, qui un jour vit son reflet dans la porcelaine blanche de ce qui aurait du resté à jamais le réceptacle des ses humeurs fétides, qui rompit la chaîne qui, depuis Lascaux, relie les hommes à l’art par la magie de la beauté, de l’émotion et du désir de partager. Quand la magie du don s’est changée en volonté de choquer, quand pour masquer le vide des “œuvres” sans sens, les mots sont devenus volontairement compliqués. De généreux l’art est devenu pauvre, mais comme le roi du conte les brodeurs de cet art du rien on réussit à faire croire à la somptuosité des habits neufs. Ne rien comprendre à ce qu’est “Tree”, triste godemichet dressé vers un ciel qu’il croie défier quand il l’attriste, ne pas crier au génie, ne pas s’extasier c’est provoquer l’apparition du point Godwin en un temps que les dieux du stade n’envisagent pas encore pour un cent mètres. Comme l’homme au soir de sa vie, l’art devenu sénile se remet, comme au plus beau jour d’une enfance dont il ne se souvient pas, à dire pipi caca pour choquer papa, pour faire crier maman !
Il y a quarante-trois ans, Malraux écrivait “les chênes que l’on abat…”, dialogue entre lui et le général de Gaulle, empruntant son titre à Hugo. Aujourd’hui, prenez ceux que vous voudrez, mais imaginez le dialogue des deux titulaires des postes occupés par les deux susnommés et vous comprendrez pourquoi la question de la semaine aura été… Ce Tree est-il ou non un plug anal ?

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