Paul Beaupère. Un ordinaire de Supers-héros.

Lisa

In Trucs et machins. on 13 octobre 2015 at 9 h 53 min

(Est-ce le début de quelque chose… va savoir! Hier soir j’ai écrit ça… À suivre… ou pas… je ne sais pas encore!)

Lisa

Lisa décida de prendre les escaliers ! Elle préférait monter les douze étages à pied plutôt que de prendre l’ascenseur et puis, autant arriver là-haut le plus tard possible !

Il n’y avait rien qui lui plaise dans cet immeuble. Trop haut, trop grand, trop riche, trop de décorations, de sculptures de moulures, trop épais les tapis, trop brillantes les peintures, trop de tableaux aux murs, trop de cadres dorés. Dans le hall d’entré trop grand, des portes trop larges et des miroirs trop profonds se reflétant les uns les autres dans une fuite infinie engloutissant l’image de celui qui par mégarde s’attardait, un gardien, trop gros, trop attentif, obséquieux, la casquette à la main et le compliment à la bouche, sur sa livrée trop chic, trop neuve, trop bleue, des boutons trop nombreux, trop brillants.

L’ascenseur était capitonné comme un cercueil de star. Du satin brillant et des petits boutons, encore des boutons, partout des boutons pour accéder à chacun des quarante étages, du bois trop verni, trop brillant, des sculptures par ci, du doré par là ! Lisa ne l’avait pris qu’une seule fois et durant tout le trajet, une idée lui avait trotté en tête, cet engin ne pouvait mener qu’en enfer ! Plutôt mourir que de remonter dedans !

Mourir, elle n’en était pas très loin quand, chaque mercredi à 14 h précise, elle sonnait à la porte de Mme Bronshült. Le souffle lui manquait après ces douze étages, son estomac se nouait à la perspective des soixante prochaines minutes et pourtant, son cœur bondissait à l’idée de le retrouver une fois encore. En fait, pour lui, Lisa aurait sans peine gravi quarante étages à pied !

Le père de Mme Brondshült était arrivé en Amérique, il y a de cela près de soixante-dix ans. Il venait d’un petit village de Bavière, un village qui n’avait jamais rien donné d’autre à l’humanité que de la bière et des cochons. Venu chercher fortune, l’aventurier des rives du Danube avait débarqué avec les trois plus illustres habitants de son village, Fiedler, Schweinchen Schlau et Pfeiffer, ainsi que des recettes de cuisine, héritées de sa grand-mère. Il ne lui fallut pas très longtemps pour découper Fiedler, Schweinchen Schlau et Pfeiffer en petits morceaux, les saler, les cuisiner et les vendre sur un marché. Ces trois porcs furent les premiers d’une longue série, c’était en 1840. Cinquante années de travail et de labeur acharné plus tard, les abattoirs Brondshült tuaient chaque jour les milliers de porcs que les élevages Brondshült leur fournissaient. Les conserveries et salaison Brondshült transformait le tout en boîte de pâtés, saucisses, lards, jambons, et milles autres produits que les trains Brondshült distribuaient dans tout le pays afin que les grands magasins Brondshült puissent les vendre au milieu de milliers d’autres produits.

Quatre années après que Fiedler, Schweinchen Schlau et Pfeiffer fussent sacrifiés sur l’autel de la réussite Bronshült, naquit Béate. Béate était un bébé rose et dodu qui, lorsqu’il la voyait, c’est-à-dire assez rarement, rappelait à son père ce qu’il devait à Fiedler, Schweinchen Schlau et Pfeiffer. La pauvre enfant évoquait aussi à son père le physique ingrat de madame Bronshült ! « Mais comment donc ai-je bien pu l’épouser » se demandait régulièrement le désormais prospère chef d’entreprise. À l’inverse de son physique, la santé de madame Bronshült était fragile. Un éléphant avec le cœur d’une souris. La digne femme eut l’excellente idée de mourir jeune, Beate n’avait pas dix ans. La jeune fille, si elle avait par malchance le physique de sa mère, avait par ailleurs le cœur de son père et hériterait de sa fortune. Aussi, à vingt ans passait-elle pour être une des plus belles jeunes filles de New York, ville où son père avait maintenant une situation fort bien établie, ville où le dollar pouvait passer pour un critère de beauté.

En 1864, la guerre de Sécession faisait rage. Depuis trois ans, les établissements Bronshült nourrissaient, de leurs porcs et autres produits, les armées des États-Unis d’Amérique. « Pour la plus grande satisfaction des soldats ! » Ne manquait pas d’affirmer M Bronshült. « Et votre plus grande fortune ! » Pensaient ses malheureux concurrents, mais sans jamais oser le dire.

La très riche Béate, épousa le très riche Thomas dont le père avait vendu, à prix d’or, pelles et pioches au chercheur du même métal, avant de racheter avec du plomb, le fruit de leurs découvertes.

Sur la photo de mariage, Thomas pose, superbe, en uniforme de lieutenant. Idéaliste, il a décidé de racheter dans l’honneur la conduite de son père et l’origine de sa fortune. Piètre soldat, il trouvera le moyen de mourir à la bataille d’Appomattox, la toute dernière de la guerre, laissant ainsi Béate jeune veuve, bientôt mère et deux fois riches.

Béate eut une fille Alice, qui elle même, c’était devenu une habitude familiale, se maria avec un homme riche, des puits de pétrole et quelques chantiers navals ! Alice mourut, elle aussi prématurément, en 1901. Une sombre histoire de croisière qui tourne mal. Elle emportait avec elle son mari, mais laissait une fille, Rose qui, comme sa grand-mère avant elle, était orpheline, laide et riche !

C’est pour donner un cours de piano à Rose, pauvre petite fille riche que, comme chaque mercredi, Lisa venait de gravir cet Himalaya de dollars et de mauvais goût.

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