Paul Beaupère. Un ordinaire de Supers-héros.

Brèves de Brive (2)

In Actu-book. on 13 novembre 2017 at 16 h 36 min

Les chaussures les plus sexy du monde !

C’était il y a deux ans, un siècle, une éternité. C’était un samedi soir sur la terre, comme le chante si bien Francis, à Brive, comme le chante si bien Georges, mais pas au marché non, au Cardinal !

Mais, quel est donc cet ecclésiastique qui reçoit nuitamment en province ? me direz-vous étonné.

C’est une boîte de nuit, un des ces lieux de perdition ou les jeunes vont la nuit y faire des bêtises de leurs âge quand les vieux profitent de l’obscurité pour y faire les âneries d’un autre temps.

Je ne suis point expert en « boîte », j’ai dû m’y traîner deux ou trois fois, le plus souvent sous la contrainte, je m’y suis endormi deux ou trois fois toujours sans alcool.

Je décidais donc, ce soir-là, de « sortir » comme le grand Claude fila maussade sous les climats tropicaux, j’allais avec mes idées simples vers des nuits compliquées.

Pour entrer, notre guide, experte en ces contrées, nous fit passer pour d’autres, voyager incognito est une des clés du bonheur quand on navigue en eau trouble. À l’intérieur, comme le promettait si bien le nom de la chose, la nuit ! La nuit, oui, mais aussi le bruit ! Certains, peu difficile en la matière, me parleront de musique, c’est affaire de goût, je ne jugerais point.

J’allais donc m’asseoir à un endroit stratégique, petite banquette au velours louche qu’il fallait sans doute mieux voir dans le noir pour oser s’y asseoir. La place était idéale, de là je voyais les pistes de danse, mais aussi le comptoir ou les grands fauves allaient à l’abreuvoir.

Mes accompagnateurs, qui le plus souvent étaient « trices », filèrent faire ce que l’on doit faire en ces lieux, elles sacrifièrent ce qu’il leur restait de dignité aux dieux de la dance. Elles le firent au milieu d’autres adeptes bougeant plus ou moins bien et quelquefois se contentaient d’agiter la tête comme les chiens en plastiques le faisaient sur les plages arrières des R16 de mon enfance. (R16 qui bien souvent  avaient des volants recouverts de fourrures.)

Sur la piste, les couples se formaient autant que se déformaient les corps, la transe et la danse opéraient de concert, la musique était celle qui avait bercé mon adolescence, les tubes des années 80 revenaient finir de saper les fondements d’une civilisation tout entière, devant mes yeux s’opéraient en un même mouvement les funérailles de mon innocence, du monde civilisé, de la beauté et d’une certaine idée du monde.

C’est alors que la chose s’est produite.

Une créature entre deux âges, c’est-à-dire entre le mien et celui de ma mère, est venue farfouiller à mes côtés. Plongeant ses bras dans un tas de vêtements abandonnés par les adeptes des rythmes syncopés, et bien que pourvu de prothèses oculaire, elle semblait ne rien voir, et surtout ne rien trouver. C’est là que, contre toute attente, et sortant de la réserve qui aurait dû être la mienne, celle du scientifique qui se contente d’observer, mais se refuse à l’intervention, hurlant pour couvrir la voix d’une écervelée des eighties qui parlait « d’exiler sa peur en rouge et noir », j’ai proposé mon aide… Fatal error !

— Je cherche mon pull ! me dit la femme à lunette.

— Je vais vous aider ! Ais-je du faire sans le dire.

Bredouille, pas plus de pull que d’hyménoptère au pôle Nord, je me rassois et me replonge dans ma contemplation du monde étrange qui sous mes yeux, perd huit litres d’eau minutes par le front et les aisselles, en ingurgitant un litre d’alcool par le gosier. C’est alors que j’ai senti une chose se poser sur mon épaule, à défaut de pull, la créature cherchant aventure venait trouver réconfort.

Dans mon cerveau reptilien, une petite lampe rouge s’alluma… juste sous l’inscription, « méfie-toi polo, t’es pas loin d’être dans la merde ». Je ne savais pas alors, à quel point j’étais loin de la vérité.

Soudain, sans prévenir, ce qui est souvent le cas quand c’est soudain, les deux mains de la créature se jetèrent sur mon pied, qui était négligemment posé sur mon genou dans une attitude suffisamment assurée tout en étant négligé pour donner de moi une image valorisante, et, tandis que ces mains m’enserraient la cheville, une voix, celle des deux mains, si tant est que des mains puissent avoir la parole, une voix donc, dit : «  Les Weston, ce sont les chaussures les plus sexy du monde ! »… C’était officiel, la chasse venait d’être ouverte, j’avais une bonne gueule de lièvre…

Je suis auteur, j’écris moi madame, j’ai de la répartie, le sens de la formule, alors dans une de ces envolées lyriques dont j’ai le secret, je crois que j’ai répondu : « C’est possible » ! Consternant !

Un tantinet refroidie, comme un pingouin qui a fait son premier plouf du matin, mais par pour autant redescendu, la créature ayant compris à qui elle avait affaire, décide d’attaquer différemment, c’est par la culture qu’elle m’atteindra.

— Y avait un article sur Onfray la semaine dernière dans le Point, il a les mêmes chaussures !

Me dit-elle avec l’assurance du chasseur qui vient de mettre deux cartouches dans un lapin, la certitude de celui qui a glissé deux balles dans le juke-box et qui sait qu’il va entendre sa chanson !

— Certainement ! ai-je répondu en avalant difficilement ma salive… Comment assumer le reste de ma misérable existence en marchant dans les chaussures d’un autre, sans le faire à côté des miennes ?

Dépitée, d’un pas mal assuré, trop alcoolisée, la créature s’est levée, elle est retournée voir ses semblables et a tenté en remuant dans un désordre sans cesse renouvelé toutes les parties de son corps transpirant, d’oublier que croyant chasser un lion, elle venait de passer juste à côté d’un blaireau.

Un peu plus tard je sortais de cet antre endiablé, les oreilles encore bourdonnantes du chant des sirènes Décibels et allait me coucher, seul en face d’une gare qui attendrait encore trois heures que passe son premier train.

Voilà, à Brive j’ai découvert mon véritable pouvoir de séduction et je sais maintenant pourquoi je cire mes chaussures !

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