Paul Beaupère. Un ordinaire de Supers-héros.

Brèves de Brive (5)

In Actu-book. on 16 novembre 2017 at 11 h 16 min

C’est sa première dédicace ?

Homme de peu de foi, en moi, je suis, quand je file vers Brive, accompagné d’anges gardiens, ceux-là mêmes qui me lisent, méditent, m’élisent et m’éditent. (Il est à noter qu’ici bas le problème du sexe des anges est tranché, ils sont elles, ces anges-là.) Elles qui nous soignent, nous aident, nous conseille, nous menacent aussi parfois, ces déesses de la carotte et du bâton, ces reines de la correction qui fait du bien, du point dans la phrase, qui savent caresser dans le sens du verbe et étriller comme il le faut l’adjectif. Donc, et pour faire court, Anna et Claire étaient avec nous, ce « nous » là n’est point de majesté, il se trouve juste que je n’étais pas seul à filer en train à la fois vers les grands lecteurs et les foies gras. Mais, « oh mirabilis annus » (il faut ici prendre la chose en latiniste et point en anatomiste, l’ « n » en plus vous mettait sur la voie) Claire allait, en plus de sa casquette d’éditrice, faire escale en un autre port que le notre, pour y défendre et signer son roman récemment sorti. Voilà l’éditrice autrice ! (celui-là je l’aime pas, mais faut vivre avec son temps, paraît-il.)

Arrive le moment de signer, avant est-ce d’angoisse, l’auteure (pas sûr non plus d’aimer celui-là, mais faut plaire à tout le monde) oublie de déjeuner et file sur sa chaise signer.

En délégation, ou plutôt devrais-je dire en capelet, nous nous sommes, ses amis, rendus à sa table non comme on va au chevet, ni comme on monte au calvaire, mais comme on file à la maternité, féliciter la maman, admirer le bébé ! Non loin signait, par camion entier une réelletélécébrité, à côté un auteur j’ai un temps fréquenté, l’endroit était un peu agité, et surtout surchauffé. Nous quittâmes les lieux le livre dans les mains, en poche. (Il est possible si on y réfléchit deux secondes d’avoir dans sa poche la main qui tient le livre, faut juste avoir de grandes poches !)

Soulagée, l’auteur revint, éditrice redevint, devoir accomplit, l’œuvre signée. Pas facile quand on a qu’une tête, même si elle est bien faite, d’y poser deux casquettes.

Je m’en suis donc retourné chez moi le livre en poche, pas le format, l’endroit, ne me restait plus qu’à le lire.

Curieux, pour une fois c’est moi qui allais lire celle qui d’ordinaire me lit. Que savais-je de sa plume ? Qu’allais-je découvrir ?

Pour être honnête, le temps me manquant je n’en suis encore qu’à un tiers, mais déjà je peux en dire quelque chose.

Avant ça, il me faut en deux mots vous conter une histoire. C’était il y a presque dix ans, j’entrais dans le bureau de Claire comme illustrateur, j’en ressortais un peu plus tard comme auteur. Fallait-il avoir du courage de l’audace et du métier pour transformer une chenille en papillon ? Un livre cette année-là, un autre l’année suivante puis un peu plus, je ne compte plus les ouvrages faits ensemble depuis, sans oublier il y a 5 ans le passage au roman.

A mon tour de lire la prose de celle à qui la mienne j’impose… Curieuse impression de rencontrer quelqu’un que l’on connaît déjà, étrange appréhension, hésitation avant d’ouvrir le livre… Et si j’étais déçu ? Devrais-je alors le lui dire ? Dans les livres les amis se disent tous, pleurent quelques fois, se disputent souvent, mais à la fin, filent boire une bière, plus amis encore de ne s’être point entendu, mais de s’être mieux connus. Je ne sais ni pleurer ni me disputer, qu’allais-je faire si je n’aimais pas ? Alors, comme l’aurait si bien dit Jules à ma place, j’ai vu, j’ai lu, ça m’a plu. C’est tendu, net, au rasoir, il me semble. Une histoire d’amour passé au rayon x, deux écorchés qui (sur ce coup-là il faut voir le mot en anatomiste) qui se croisent, se touchent se ratent… Et, parce qu’il n’y a pas de raison que je ne ramène pas tout à moi, comment une éditrice qui écrit aussi clair, aussi net, aussi précis peut elle s’occuper de mes phrases qui, comme des boas constrictors, s’enroulent sur elle même pour mieux s’admirer et se renifler en des circonvolutions boursouflées ? Mystère.

Voilà, alors maintenant filez, courez, volez, chez votre libraire, le premier qui va chez Amazon est excommunié, achetez « Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères » de Claire Renaud.

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