Paul Beaupère. Un ordinaire de Supers-héros.

Les folles nuits du Salon

In Trucs et machins. on 7 novembre 2018 at 9 h 14 min

Brèves de Brive, épisode 3. Vous allez finir par croire que je passe ma nuit en boîte. Il n’en est rien, mais que voulez-vous, dans la vie d’un auteur, certains moments marquent plus que d’autres. Et dans deux jours, le train…

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Les folles nuits du Salon

On savait les politiques habitués à valser. On leur connaissait cette facilité aux contorsions les plus diverses qui leur font l’échine souple et la conscience élastique. On les savait prompts à passer du coq-à-l’âne, de Charybde en Scylla, des finances à la culture, de l’intérieure à l’agriculture, mais je dois avouer que jamais je n’avais vu un de ces grands fauves passer directement des feux de l’actualité à ceux d’une boîte la nuit. Sous mes yeux ce soir-là, celui qui, il y a peu encore, implorait Cérès de lui être favorable, agitait dignement ses presque deux mètres et sa crinière argentée de vieux lion au soleil stroboscopique des nuits briviste. Ainsi, après les ors de Solferino, les jardins de Villeroy, après les mercredis matin chez la Pompadours et les dimanches à flatter le cul des vaches, il faisait face à une horde de réincarnations de Bonnie Tyler corrézienne. Il y en avait là de tous les âges, si bien sûr on démarre à quarante ans, de toutes les tailles et pour tous les goûts, pourvu qu’on aime les cheveux platine et crêpés et montés en d’improbables choucroutes capillaires comme ceux de l’immortelle Bonnie quand elle interprétait « If you were a woman ». La dignité se lisait dans l’attitude du grand homme, l’espoir agitait les corps transpirants des créatures. Qui sait si, enfin, la nuit n’allait pas tenir les promesses que la vie leur avait refusées et offrir à leur vieux jour le souvenir d’une nuit de folie ! (Et pas celle des « débuts de soirée » qui contrairement à leur nom et pour le plus grand malheur de l’humanité et de nos oreilles réunies, pouvait passer à n’importe qu’elle heure.)
La bonne idée dans les boîtes, c’est la nuit. Au hasard des éclairs lumineux, et de ce qu’ils permettaient de deviner des visages cachés sous les perruques peroxydées, il valait mieux, pour tout le monde, jeter le voile pudique de l’obscurité sur les ravages que le temps avait fait subir à ces minois qui avaient connu Giscard Jeune et Hollande populaire. Heureusement, pour moi et la préservation de mes illusions en l’humanité, les lumières ne se sont pas rallumées avant mon départ. Je quittais les lieux laissant là le géant sarthois et ses prétendantes, sacrifier aux rythmes cruels et barbares des années quatre-vingt, sans que m’eût été infligé le spectacle de ces momies trémoussantes, qui pour la plupart devaient avoir… mon âge.

 

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