Paul Beaupère. Un ordinaire de Supers-héros.

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Drôles de rencontre à cet endroit…

In Trucs et machins. on 16 novembre 2018 at 10 h 50 min

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Drôles de rencontre à cet endroit…

J’écris pour les enfants, de 8 à 12 ans pas très précisément, souvent ils viennent avec leurs parents, quelques fois sans. Quand l’écrivain, entendez par là celui qui travail à l’élévation des âmes adultes, rencontre son public, il lui faut lever la tête, rare exercice d’humilité pour certain d’entre eux, plus prompts à tout voir depuis l’Olympe ou ils se sont auto-installés. Quand l’auteur jeunesse, cet être qui fait des phrases, qui raconte des histoires, mais ne saurait que très rarement faire de la littérature, rencontre son public, il a le privilège de le voir en face, de regarder son lecteur dans les yeux. Auteur pour enfant, je dédicace à leur hauteur et, même si ça ne dépasse que très rarement 1,4 m, croyez-moi, ça ne manque pas d’élévations. Ils sont capables d’admiration, de dire qu’ils aiment, de ne pas aimer et de le dire aussi. Crûment quelques fois, mais jamais cruellement, c’est comme ça, entre eux ils peuvent être loups, avec moi ils ont toujours été choux. Il y a bien longtemps que je ne fais plus partie de leurs tribus, que j’ai quitté les rives de l’enfance, pourtant, il me laisse croire que je peux revenir y habiter encore un peu. Ces gens-là sont accueillants. Il m’est arrivé une drôle de chose, ce n’était pas à Brive, c’était il y a quelques semaines, au Mans. Un couple vient pour se faire dédicacer un tome des « folles aventures de la famille Saint-Arthur ». Ils devaient avoir 40 ans tous les deux, « C’est pour elle » me dit-il, en désignant celle qui semblait être sa moitié. J’aurais pu m’étonner qu’a cet âge-là on me lise encore, mais justement, quel âge avait ils vraiment. Sur leur papier d’identité, la date inscrite leur donnait sans doute l’âge d’être parents, dans la réalité, je crois bien qu’ils étaient, tous les deux, à jamais des enfants. J’ai dédicacé pour elle comme pour tous les autres, mais cette fois-ci en levant les yeux. Ils sont repartis, heureux, lui protecteur, elle souriante. Ce jour-là les lecteurs affluaient, ça arrive quelquefois, je suis passé au suivant, refermant cette porte ouverte sur un monde où l’enfance est une éternité. L’histoire aurait pu s’arrêter là si, quelques instants plus tard, une des bénévoles du stand sur lequel je signais ne m’avait raconté la suite. Sortie quelques minutes, elle était passée devant les tables à piquenique qui attendaient que le lecteur se change en mangeur. À une des tables, il y avait mon petit couple, tous deux assis, elle écoutant, lui lisant mon livre à haute voix. J’écris pour les enfants, le plus souvent de 8 à 12 ans, mais quelques fois ils sont plus grands. Et c’est bien.

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Devine qui vient dîner ce soir

In Trucs et machins. on 15 novembre 2018 at 20 h 11 min

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Devine qui vient dîner ce soir.

Dis-moi avec qui tu dînes, je te dirais qui tu es ! La journée de dédicaces finie, une fois les crayons posés, une fois passée l’effervescence des foules en délires qui se ruent sur nos personnes et nos livres pour ouvrir les uns et toucher les autres, quand sonne l’heure du dîner, l’auteur briviste se pourlèche les babines. Il sait que ici le bonheur se vit aussi assis. Donc, c’est dans un établissement cossu, feux dans la cheminée, piano et serviettes damassées, que nos séants choisissent de siéger. Et là, c’est un festival. Juste à côté de nous, trône un homme qui, pour un scooter et des croissants, perdit son fauteuil. Plus loin, une auteur célèbre prouve, sous un chapeau qui en la cachant ne fait que la montrer, que les fruits pourris c’est bien mignon, mais qu’il n’y a pas que ça dans la vie. Plus haut, un chanteur des années 80 vit, sans le voir, un festival qu’il enchante. De-ci de-là, des gloires de la plume passent auréolé du mystère qu’elles cultivent, quelques traits sont tirés, quelques peaux aussi, quelques stars ont vieillis, on en voit une qui fut reine de la nuit. À la fin, le piano, bon enfant, donne la note quand l’assemblé s’égosille plus ou moins juste. Tant de voix qui ne sont plus pour moi se dit l’homme aux croissants qui, cette fois encore, fit venir la pluie, tant de plumes et pas un boa, pense celle qui fut Zora. La soirée se termine dans des liqueurs où se noient les prix manqués où naissent les rêves des succès de demain.

C’est pour toi ?

In Trucs et machins. on 14 novembre 2018 at 20 h 48 min

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C’est pour toi ?

Je crois qu’il me faut faire un aveu. J’aime dédicacer. C’est quand même une chose bien étrange à la fin que d’être assis là, derrière ses piles, à attendre qu’on vienne vous lire. Je ne sais pas pour qui écrivent mes petits camarades, pour eux, pour personne, pour leur éditeur, pour la gloire, pour vivre, que sais-je encore. Quant à moi, il me semble que j’écris pour ce jeune lecteur qui s’avance. Hésitant pour certains, conquérant ou à reculons pour d’autres, souriant ou fermé, celui qui connaît mes livres, celui qui ne les a jamais vus, l’un qui ose les ouvrir, l’autre pas, ce jeune lecteur qui soudain lève la tête et les veut tous, cet autre qui n’en veut aucun et derrière lequel ses parents insistent pour qu’il « essaye, au moins un », celui qui regarde et d’un haussement d’épaules me dit très sûrement « c’est de la merde », tandis que derrière lui ses parents me lancent un « on va réfléchir » de politesse, qui veut dire, « excuser le… Mais vous avez vous aussi des enfants, vous savez comment ils sont ». Alors il y a ce moment où mon lecteur, peut-être l’est il déjà, peut-être est-ce un futur, me tend le livre maladroitement et, où je lui demande, « C’est pour toi ? », alors tout commence. Je crois qu’il me faut faire un aveu. J’aime dédicacer.

C’est fini…

In Trucs et machins. on 12 novembre 2018 at 11 h 07 min

Ce weekend, c’était la foire du livre de Brive.

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Et ça commence dans le train.

Puis ça continue avec des livres…

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Et ça se poursuit avec des tas de rencontres, d’échanges, de sourires, de rires et puis… C’est fini, il faut reprendre le train et rentrer à la maison.

Alors voilà, c’est fini. C’était bien, c’était Brive. Il y avait des tas d’auteurs, des connus, des inconnus, des célèbres, d’autres qui aimeraient l’être, des stars discrètes et de tapageurs anonymes, tous, nous étions tapis derrière nos tas de livres, attendant nos lecteurs comme un coq le soleil. Alors, un grand merci à Léon, Clément, Valentin, Louise, Poema, Charlotte, Eugénie, Charlotte, Romain, Anaïs, Sixtine, Romain, Marguerite, Agathe, Amélie, Alix, Sharon, Enzo, Raphaël, Sixtine, Samuel, Coline, Hélia, Maïa, Marie, Julien, Charlotte, Émilie, Maëlle, Neli, Clément, Paul, Violette, Clotilde, Hortense, Guillaume, Beaudouin, Thibaut, Coraline, Hippolyte, Gabriel, Clémentine, Swann, Soane, Naya, Adrien, Juliette, Thiméo, Arthur, Ethan, Mona, Merlin, Aloys, Léonard, Éléonore, Elina, Clémence, Chloé, Alice et Luc, Nicolas et Sonia, Clémentine, Nathan, Juliette, Olivia, Lucie et Kadour, Alexis, Elina, Cyrielle, Beatriz, Jean-François, Marc, Thomas, Arthur, Téophile, Romain, Faustine, Romane, Marine et Shandy, Yann, Nathalie, Jeanne et enfin, Maxence, lecteurs qui sont venus me voir, qui sont venus me saluer, me parler, échanger, rire un peu aussi, raconter des tas de bêtises, ou des choses plus sérieuses, mais surtout, qui sont venus donner vie à mes livres et leurs héros de papier. Merci, merci, merci !
Voilà, maintenant c’est fini… Mais non, ça ne fait que commencer ! À très bientôt pour la suite.

Brèves de Brive, épisode 4.

In Trucs et machins. on 8 novembre 2018 at 9 h 00 min

Brèves de Brive, épisode 4. Et voilà, c’est la fin, alors que tout commence demain. Venez vivre avec moi ce que je vivrais dimanche soir, voyager dans le temps, reculez d’un an pour avancer de quatre jours! Bon voyage.

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Faire chanter ses ex !

 

Pierre-Augustin aurait adoré le train du livre, lui qui disait que tout finit par des chansons, il aurait, avec nous, poussé la chansonnette de Brive jusqu’au quai d’Austerlitz ! Mais voilà, Pierre-Augustin est mort, vive Pierre-Augustin.

À défaut de ce Caron-là, il y avait du beau monde dans notre wagon. Quelques auteurs fraîchement primés, sans doute quelques un déprimés de n’avoir point assez signé, de ne s’être pas aussi bien vendu que d’autre qu’ils pensent être des (ici, il convient de trouver un mot qui finit pas un « u » et, dans l’immense bonté qui est la mienne, dans le souci pédagogique que j’ai de vous faire partager un peu les affres et les petits bonheurs du métier d’auteur, je vous laisse quelques points, un blanc, pour y laisser votre trace, inscrire votre mot)………. Il y avait aussi des inconnus qui voulaient se faire connaître, des plumes célèbres au minois anonyme, il y avait des folles aux visages de vierges et qui sait peut être quelques vierges aux visages de folles, il y avait en somme de quoi faire lire la moitié de la France pendant les deux tiers d’une année. Mais, et c’est bien là le plus important, il y avait surtout un clavier. Un pauvre piano électrique, sans queue ni pédale, peinant à transposer, mais un clavier !

Le premier à s’y coller fut Jean-François qui, de ses neuf doigts et demi, fit des miracles. Baptiste vint à la rescousse et, après s’être chauffé un peu les mains, mit le feu au wagon, en bon journaliste, il fit chanter les auteurs.

Alors, sortie de la brume comme un gorille, mais en plus jolie, et justement ce soir-là comme tous les jours depuis quelques années, sans les gorilles, surgit une robe rouge dans laquelle chantait l’Ex. Elle avait du roi été la favorite avant que ce dernier, d’un trait de tweet, ne la répudie et lui préfère une actrice. Les rois sont comme ça cruels et changeants. Avoir les rennes en mains aide, paraît-il, à changer de reine. Elle était venue, en 2012, avec escorte, motards, forces polices, journaliste en meutes, les tapis se déroulaient sous ses pas, le monde entier lui embrassait les pieds, jamais cette année-là elle n’aurait pu, mais l’aurait-elle voulu, chanter avec nous. Est-ce un hasard, allez savoir, mais l’autre soir, comme nous, elle chanta « être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile ». Puis le train est arrivé, Paris nous a tendu les bras de ses longs quais froids. La robe rouge a enfilé un manteau, a attrapé sa valise et est descendue seule du train, point de porteur, foin des honneurs, elle a marché au milieu de nous, tirant toute seule son bagage.

Ah, il y avait aussi un chanteur d’exception, Sylvain, il fut notre kapellmeister, auteur de polar, écrivain du crime il chantait comme un ange.

Et Pierre Augustin avait tort, tout ne finit pas des chansons, tout finit sur un quai, mais Pierre-Augustin avait-il seulement pris le train ?

 

« De l’importance d’écrire bien chaussé ».

In Trucs et machins. on 6 novembre 2018 at 9 h 19 min

Suite de mes aventures brivistes.

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Les chaussures les plus sexy du monde !

C’était il y a deux ans, un siècle, une éternité. C’était un samedi soir sur la terre, comme le chante si bien Francis, à Brive, comme le chante si bien Georges, mais pas au marché non, au Cardinal !
Mais, quel est donc cet ecclésiastique qui reçoit nuitamment en province ?
C’est une boîte de nuit, un des ces lieux de perdition ou les jeunes vont, la nuit, faire les bêtises de leur âge, quand les vieux profitent de l’obscurité, pour y faire les âneries d’un autre temps.
Je ne suis point expert en « boîte ». J’ai dû m’y traîner deux ou trois fois, le plus souvent sous la contrainte, je m’y suis endormi deux ou trois fois, toujours sans alcool.
Je décidais donc, ce soir-là, de « sortir », j’allais avec mes idées simples vers des nuits compliquées.
Pour entrer, notre guide, experte en ces contrées, nous fit passer pour d’autres. Voyager incognito est une des clés du bonheur quand on navigue en eau trouble. À l’intérieur, comme le promettait si bien le nom de la chose, il fait nuit ! Nuit, oui, mais bruit aussi ! Certains, peu difficile en la matière, parleront de musique, c’est affaire de goût, je ne jugerais point.
J’allais donc m’asseoir à un endroit stratégique, petite banquette au velours louche qu’il fallait sans doute mieux voir dans le noir pour oser s’y asseoir. La place était idéale, de là j’observais les pistes de danse, mais aussi le comptoir ou les grands fauves allaient à l’abreuvoir.
Mes accompagnateurs, qui le plus souvent étaient « trices », filèrent faire ce que l’on doit faire en ces lieux, sacrifier ce qu’il leur restait de dignité aux dieux de la dance. Elles opérèrent au milieu d’autres adeptes, bougeant plus ou moins bien, se contentant quelquefois d’agiter la tête comme les chiens en plastiques le faisaient sur les plages arrière des R16 de mon enfance. (Ces mêmes R16 qui bien souvent avaient des volants recouverts de fourrures et filaient tout droit vers les Macumbas qui ornaient les nationales aux sorties des belles villes de France.)
Sur la piste, les couples se formaient tandis que les corps se déformaient, la transe et la danse opéraient de concert. La musique était celle qui avait bercé mon adolescence. Les tubes des années 80 revenaient finir de saper les fondements d’une civilisation tout entière, devant mes yeux s’opéraient en un même mouvement les funérailles de mon innocence, du monde civilisé, de la beauté et d’une certaine idée du monde.
C’est alors que la chose s’est produite.
Une créature entre deux âges, c’est-à-dire entre le mien et celui de ma mère, est venue farfouiller à mes côtés. Plongeant ses bras dans un tas de vêtements abandonnés par les adeptes des rythmes syncopés, et bien que pourvu de prothèses oculaire, elle semblait ne rien voir, et surtout ne rien trouver. C’est là que, contre toute attente, et sortant de la réserve qui aurait dû être la mienne, celle du scientifique qui se contente d’observer, mais se refuse à l’intervention, hurlant pour couvrir la voix d’une écervelée des eighties qui parlait « d’exiler sa peur en rouge et noir », j’ai proposé mon aide… Fatal error !
— Je cherche mon pull ! me dit la femme à lunette.
— Je vais vous aider ! Ais-je du faire sans le dire.
Bredouille, pas plus de pull que d’hyménoptère au pôle Nord, je me rassois et me replonge dans ma contemplation de ce monde étrange qui, sous mes yeux, perd huit litres d’eau minutes par le front et les aisselles tout en ingurgitant un litre d’alcool par le gosier. C’est alors que j’ai senti une chose se poser sur mon épaule, à défaut de pull, la créature cherchant aventure venait trouver réconfort.
Dans mon cerveau reptilien, une petite lampe rouge s’alluma juste sous l’inscription, « méfie-toi polo, t’es pas loin d’être dans la merde ».
Soudain, sans prévenir, ce qui est souvent le cas quand c’est soudain, les deux mains de la créature se jetèrent sur mon pied, qui était négligemment posé sur mon genou dans une attitude suffisamment assurée tout en étant négligé pour donner de moi une image valorisante, et, tandis que ces mains m’enserraient la cheville, une voix, celle des deux mains, si tant est que des mains puissent avoir la parole, une voix donc, dit : « Les Weston, ce sont les chaussures les plus sexy du monde ! »… C’était officiel, la chasse venait d’être ouverte, j’avais une bonne gueule de lièvre…
Je suis auteur, j’écris moi, madame, j’ai de la répartie, le sens de la formule, alors dans une de ces envolées lyriques dont j’ai le secret, je crois que j’ai répondu : « C’est possible » ! Consternant !
Un tantinet refroidi, comme un pingouin qui a fait son premier plouf du matin, mais, pas pour autant redescendu, la créature, ayant compris à qui elle avait affaire, décida d’attaquer différemment, c’est par la culture qu’elle m’atteindrait.
— Y avait un article sur Onfray la semaine dernière dans le Point, il a les mêmes chaussures !
Me dit-elle avec l’assurance du chasseur qui vient de mettre deux cartouches dans un lapin, la certitude de celui qui a glissé deux balles dans le juke-box et qui sait qu’il va entendre sa chanson !
— Certainement ! ai-je répondu en avalant difficilement ma salive… Comment désormais assumer le reste de ma misérable existence en marchant dans les chaussures d’un autre, sans le faire à côté des miennes ?
Dépitée, d’un pas mal assuré, trop alcoolisée, la créature s’est levée, elle est retournée voir ses semblables et a tenté en remuant dans un désordre sans cesse renouvelé toutes les parties de son corps transpirant, d’oublier que, croyant chasser un lion, elle venait de passer juste à côté d’un blaireau.
Un peu plus tard je sortais de cet antre endiablé, les oreilles encore bourdonnantes du chant des sirènes Décibels et allait me coucher, seul en face d’une gare qui attendrait encore trois heures que passe son premier train.
Voilà, à Brive j’ai découvert mon véritable pouvoir de séduction et je sais maintenant pourquoi je cire mes chaussures !

 

C’est sa première dédicace ?

In Trucs et machins. on 5 novembre 2018 at 9 h 04 min

Pour se mettre dans le bain… Souvenirs d’un Brive pas si lointain.
Allez, en voiture…
(Il est à noter que ce petit texte raconte le Brive de l’an passé, autant dire, pour reprendre le grand Joe, » Il y a un an, il y a un siècle, il y a une éternité. »)

C’est sa première dédicace ?

Homme de peu de foi, en moi, je suis, quand je file vers Brive, accompagné d’anges gardiens. Ceux-là mêmes qui me lisent, méditent, m’élisent et m’éditent. (Il est à noter qu’ici bas le problème du sexe des anges est tranché ! Ils sont elles, ces anges-là.) Elles qui nous soignent, nous aident, nous conseillent et nous menacent aussi parfois. Ces déesses de la carotte et du bâton, ces reines de la correction qui fait du bien, du point dans la phrase, qui savent caresser dans le sens du verbe et étriller comme il le faut l’adjectif. Donc, et pour faire court, Anna et Claire étaient avec nous. Ce « nous » là n’est point de majesté, il se trouve juste que je n’étais pas seul dans ce train à filer à la fois vers les grands lecteurs et les foies gras. Mais, « oh mirabilis annus » (il faut ici prendre la chose en latiniste et point en anatomiste, l’ « n » en plus vous mettait sur la voie.) Claire allait, en plus de sa casquette d’éditrice, faire escale en un autre port que le nôtre, pour y défendre et signer son roman récemment sorti. Voilà l’éditrice autrice ! (celui-là je l’aime pas, mais faut vivre avec son temps, paraît-il.)
Arrive le moment de signer. Avant, est-ce d’angoisse, l’auteure (pas sûr non plus d’aimer celui-là, mais faut plaire à tout le monde) oublie de déjeuner et file sur sa chaise signer.
En délégation, ou plutôt devrais-je dire en capelet, nous nous sommes, ses amis, rendus à sa table non comme on va au chevet, ni comme on monte au calvaire, mais comme on file à la maternité, féliciter la maman, admirer le bébé ! Non loin signait, par camion entier, une réelletélécébrité, à côté d’un auteur que j’ai un temps fréquenté. L’endroit était un peu agité, et surtout surchauffé. Nous quittâmes les lieux le livre dans les mains.
Soulagée, l’auteur revint, éditrice elle redevint, devoir accomplit, œuvre signée. Pas facile quand on a qu’une tête, même si elle est bien faite, d’y poser deux casquettes.
Je m’en suis donc retourné chez moi le livre en poche, pas le format, l’endroit, ne me restait plus qu’à le lire.
Curieux, pour une fois c’est moi qui allais lire celle qui d’ordinaire me lit. Que savais-je de sa plume ? Qu’allais-je découvrir ?
Pour être honnête, le temps me manquant je n’en suis encore qu’à un tiers, mais déjà je peux en dire quelque chose.
Avant ça, il me faut en deux mots vous conter une histoire. C’était il y a presque dix ans, j’entrais dans le bureau de Claire comme illustrateur, j’en suis ressorti un peu plus tard, auteur. Fallait-il avoir du courage de l’audace et du métier pour transformer une chenille en papillon ! Un livre cette année-là, un autre l’année suivante puis un peu plus, je ne compte plus les ouvrages faits ensemble depuis, sans oublier il y a 5 ans le premier roman.
A mon tour de lire la prose de celle à qui la mienne j’impose… Curieuse impression de rencontrer quelqu’un que l’on connaît déjà, étrange appréhension, hésitation avant d’ouvrir le livre… Et si j’étais déçu ? Devrais-je alors le lui dire ? Dans les livres les amis se disent tous, pleurent quelques fois, se disputent souvent, mais à la fin, filent boire une bière, plus amis encore de ne s’être point entendu, mais de s’être mieux connus. Je ne sais ni pleurer ni me disputer, qu’allais-je faire si je n’aimais pas ? Alors, comme l’aurait si bien dit Jules à ma place, j’ai vu, j’ai lu, ça m’a plu. C’est tendu, net, au rasoir, il me semble. Une histoire d’amour passé au rayon x, deux écorchés qui (sur ce coup-là il faut voir le mot en anatomiste) qui se croisent, se touchent se ratent… Une question se pose alors, parce qu’il n’y a pas de raison que je ne ramène pas tout à moi, comment une éditrice qui écrit aussi clair, aussi net, aussi précis peut-elle s’occuper de mes phrases qui, comme des boas constrictors, s’enroulent sur elle même pour mieux s’admirer et se renifler en des circonvolutions boursouflées ? Mystère.
Voilà, alors maintenant filez, courez, volez, chez votre libraire, le premier qui va chez Amazon est excommunié, achetez « Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères » de Claire Renaud.

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Vendredi prochain…

In Trucs et machins. on 4 novembre 2018 at 16 h 32 min

Vendredi prochain je prends le train. C’est un train un peu spécial, qui file vers trois jours un peu particuliers, trois jours de livres, de dédicaces, de foi gras aussi, trois jours que j’aime, trois jours à Brive. Parmi ceux qui y sont déjà allés, certains aiment, d’autres pas, pour les autres, et parce que je suis d’une générosité à quasi nulle autre pareil, je vous propose, et ce dès demain, le recyclage, c’est mon côté écolo, si vous êtes un dauphin vous pouvez me remercier, de petits textes que j’ai écrits l’année dernière de retour de Brive, et qui vous donneront, si ce n’est une vision exacte de ce qui s’y passe, en tout cas une idée des raisons pour lesquels j’aime ces trois jours. Alors voilà, dans cinq jours je prends le train, demain, partez avec moi.

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Dédicace… Dédicace…

In Actu-book. on 11 octobre 2018 at 10 h 06 min

Habitez-vous Tours ?
Oui ?! Quel chanceux vous faites, figurez vous que je viens vous voir samedi prochain ! Enfin, je viens vous voir, si vous venez me voir… Donc, samedi, je serais au salon des auteurs chrétiens « Autours des auteurs ». Je vous y attendrais derrières des piles de livres sur lesquelles vous allez vous jeter en hurlant de joie, pour ensuite entendre chez vous vos enfants hurler de rire et ainsi atteindre en famille un épanouissement que seule la culture (en l’occurrence moi) peut offrir ! Alors, à samedi ?
https://www.facebook.com/autoursdesauteurs37/?ref=br_rs

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Houilles houilles houilles, Sainte Thérèse

In Trucs et machins. on 22 janvier 2018 at 18 h 29 min

Peu de temps avant Noël, je suis allé à Houilles. Alors là, vous vous dîtes, trop de bol, le gars qui va à Houilles comme d’autres à Irkoutsk, vraiment trop de bol! Notre ami Jean-Baptiste aurait sans doute ajouté, « mais qu’allait il faire dans cette galère ? » et je lui aurais répondu, aller voir les classes de CE2 de Sainte Thérese ! Ça lui aurait bien cloué le bec au gars Poquelin! La rencontre fut formidable. Voilà qu‘ aujourd’hui dans ma boîte aux lettres, je trouve un charmant courrier de mes petits lecteurs… Qu’ils en soient mille fois remerciés et qu’ils sachent que, grâce à eux, je peux maintenant aller jusqu’au tome 30 de la famille Saint Arthur ! Merci les CE2 gentiane. Alors, elle est pas belle la vie?26904623_1539636482818632_7845420670341241663_n

Une histoire de chaussettes

In Actu-book. on 22 janvier 2018 at 12 h 00 min

Ce week-end il faisait un temps de m…. Alors, dans leur immense bonté, mes chaussettes m’ont proposé de sortir. J’ai obéi à mes chaussettes, il faut toujours obéir à des gens qui tiennent vos pieds entre leurs mains, même quand ces gens n’ont pas de mains, mais c’est là une autre affaire. Mes chaussettes et moi, sommes donc allé en Normandie, ou il ne pleut pas plus qu’ailleurs, d’ailleurs, et là-bas nous y avons rencontré des jeunes lecteurs et leurs parents, jeunes eux aussi, tellement mes lecteurs sont jeunes. C’était à la bibliothèque de Bihorel, niché sur les hauteurs de Rouen. L’accueil des bibliothécaires fut top, mes chaussettes me le disaient encore ce matin. Nous avons parlé des livres, comment les écrire, pourquoi les lire. Il y a même un moment ou j’ai sorti mon Marcel, celui qui mit en moi la curieuse idée d’écrire, c’était en CE2, Gloire soit rendue à Pagnol fils! Voilà, ce fut bien. Ce matin mes chaussettes orange ont vu une photo de la rencontre et elles se sont étonnées de ne point avoir été du voyage:  » nous au moins, nous aurions été raccord avec la carotte! » Voilà, maintenant vous savez que samedi, en Normandie, j’ai failli être dévoré par une carotte furieuse et que lundi plus près de Paris mes chaussettes me font la tête…

Marcel et la carotte

Brèves de Brive (5)

In Actu-book. on 16 novembre 2017 at 11 h 16 min

C’est sa première dédicace ?

Homme de peu de foi, en moi, je suis, quand je file vers Brive, accompagné d’anges gardiens, ceux-là mêmes qui me lisent, méditent, m’élisent et m’éditent. (Il est à noter qu’ici bas le problème du sexe des anges est tranché, ils sont elles, ces anges-là.) Elles qui nous soignent, nous aident, nous conseille, nous menacent aussi parfois, ces déesses de la carotte et du bâton, ces reines de la correction qui fait du bien, du point dans la phrase, qui savent caresser dans le sens du verbe et étriller comme il le faut l’adjectif. Donc, et pour faire court, Anna et Claire étaient avec nous, ce « nous » là n’est point de majesté, il se trouve juste que je n’étais pas seul à filer en train à la fois vers les grands lecteurs et les foies gras. Mais, « oh mirabilis annus » (il faut ici prendre la chose en latiniste et point en anatomiste, l’ « n » en plus vous mettait sur la voie) Claire allait, en plus de sa casquette d’éditrice, faire escale en un autre port que le notre, pour y défendre et signer son roman récemment sorti. Voilà l’éditrice autrice ! (celui-là je l’aime pas, mais faut vivre avec son temps, paraît-il.)

Arrive le moment de signer, avant est-ce d’angoisse, l’auteure (pas sûr non plus d’aimer celui-là, mais faut plaire à tout le monde) oublie de déjeuner et file sur sa chaise signer.

En délégation, ou plutôt devrais-je dire en capelet, nous nous sommes, ses amis, rendus à sa table non comme on va au chevet, ni comme on monte au calvaire, mais comme on file à la maternité, féliciter la maman, admirer le bébé ! Non loin signait, par camion entier une réelletélécébrité, à côté un auteur j’ai un temps fréquenté, l’endroit était un peu agité, et surtout surchauffé. Nous quittâmes les lieux le livre dans les mains, en poche. (Il est possible si on y réfléchit deux secondes d’avoir dans sa poche la main qui tient le livre, faut juste avoir de grandes poches !)

Soulagée, l’auteur revint, éditrice redevint, devoir accomplit, l’œuvre signée. Pas facile quand on a qu’une tête, même si elle est bien faite, d’y poser deux casquettes.

Je m’en suis donc retourné chez moi le livre en poche, pas le format, l’endroit, ne me restait plus qu’à le lire.

Curieux, pour une fois c’est moi qui allais lire celle qui d’ordinaire me lit. Que savais-je de sa plume ? Qu’allais-je découvrir ?

Pour être honnête, le temps me manquant je n’en suis encore qu’à un tiers, mais déjà je peux en dire quelque chose.

Avant ça, il me faut en deux mots vous conter une histoire. C’était il y a presque dix ans, j’entrais dans le bureau de Claire comme illustrateur, j’en ressortais un peu plus tard comme auteur. Fallait-il avoir du courage de l’audace et du métier pour transformer une chenille en papillon ? Un livre cette année-là, un autre l’année suivante puis un peu plus, je ne compte plus les ouvrages faits ensemble depuis, sans oublier il y a 5 ans le passage au roman.

A mon tour de lire la prose de celle à qui la mienne j’impose… Curieuse impression de rencontrer quelqu’un que l’on connaît déjà, étrange appréhension, hésitation avant d’ouvrir le livre… Et si j’étais déçu ? Devrais-je alors le lui dire ? Dans les livres les amis se disent tous, pleurent quelques fois, se disputent souvent, mais à la fin, filent boire une bière, plus amis encore de ne s’être point entendu, mais de s’être mieux connus. Je ne sais ni pleurer ni me disputer, qu’allais-je faire si je n’aimais pas ? Alors, comme l’aurait si bien dit Jules à ma place, j’ai vu, j’ai lu, ça m’a plu. C’est tendu, net, au rasoir, il me semble. Une histoire d’amour passé au rayon x, deux écorchés qui (sur ce coup-là il faut voir le mot en anatomiste) qui se croisent, se touchent se ratent… Et, parce qu’il n’y a pas de raison que je ne ramène pas tout à moi, comment une éditrice qui écrit aussi clair, aussi net, aussi précis peut elle s’occuper de mes phrases qui, comme des boas constrictors, s’enroulent sur elle même pour mieux s’admirer et se renifler en des circonvolutions boursouflées ? Mystère.

Voilà, alors maintenant filez, courez, volez, chez votre libraire, le premier qui va chez Amazon est excommunié, achetez « Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères » de Claire Renaud.

Brèves de Brive (4)

In Actu-book. on 15 novembre 2017 at 9 h 37 min

Les Folles nuits du Salon

 

On savait les politiques habitués à valser, on connaissait cette facilité aux contorsions les plus diverses qui leur font l’échine souple et la conscience élastique, on les savait prompts à passer du coq à l’âne, de Charybde en Scylla, des finances à la culture, de l’intérieure à l’agriculture, mais je dois avouer que jamais je n’avais vu un de ces grands fauves passer direct des feux de l’actualité à une boîte la nuit. Celui qui, sous mes yeux ce soir là, agitait dignement ses presque deux mètres et sa crinière argentée de vieux lion prouvait ainsi qu’après les ors de Solferino, les jardins de Villeroy, après les mercredis matin chez la Pompadours et les dimanches à flatter le cul des vaches, il pouvait faire face à une horde de réincarnations de Bonnie Tyler corrézienne. Il y en avait là de tous les âges, si on oublie ce qui a moins de quarante ans, de toutes les tailles et pour tous les goûts, pourvu qu’on aime les cheveux platine et crêpé comme ceux de l’immortelle Bonnie quand elle interprétait « If you were a woman ». La dignité se lisait dans l’attitude du grand homme, l’espoir agitait les corps transpirants des créatures. Qui sait si, enfin, la nuit n’allait pas tenir les promesses que la journée avait repoussées et offrir à leur vieux jour le souvenir d’une nuit de folie, et pour une fois pas celle des « débuts de soirée » qui contrairement à leur nom pouvait passer à n’importe qu’elle heure.

La bonne idée dans les boîtes, c’est la nuit. Au hasard des éclairs lumineux, et de ce qu’ils permettaient de deviner des visages cachés sous les perruques peroxydées, il valait mieux, pour tout le monde, jeter le voile pudique de l’obscurité sur les ravages que le temps avait fait subir à ces minois qui avaient connu Giscard Jeune et Hollande populaire. Heureusement, pour moi et la préservation de mes illusions en l’humanité, les lumières ne se sont pas rallumées avant mon départ et je quittais les lieux laissant là le géant sarthois et ses prétendantes, sacrifier au rythmes cruels et barbares des années quatre-vingts, sans que m’eût été infligé le spectacle de ces momies trémoussantes, qui pour la plupart devaient avoir… mon âge.

Brèves de Brive (3)

In Actu-book. on 14 novembre 2017 at 10 h 11 min

Faire chanter ses ex !

 

Pierre-Augustin aurait adoré le train du livre, lui qui disait que tout finit par des chansons, il aurait, avec nous, poussé la chansonnette de Brive jusqu’au quai d’Austerlitz ! Mais voilà, Pierre-Augustin est mort, vive Pierre-Augustin.

À défaut de ce Caron-là, il y avait du beau monde dans notre wagon. Quelques auteurs fraîchement primés, peut-être aussi quelques un déprimés de n’avoir point assez signé, de ne s’être pas aussi bien vendu que d’autre qu’ils pensent être des (ici, il convient de trouver un mot qui finit pas un « u » et, dans l’immense bonté qui est la mienne, dans le souci pédagogique que j’ai de vous faire partager un peu les affres et les petits bonheurs du métier d’auteur, je vous laisse quelques points, un blanc, pour y laisser votre trace, inscrire votre mot) ………, il y avait aussi des inconnus qui se voulaient faire connaître, des plumes célèbres au minois anonyme, il y avait des folles aux visages de vierges et qui sait peut être quelques vierges aux visages de folles, il y avait en somme de quoi faire lire la moitié de la France pendant les deux tiers d’une année. Mais, et c’est bien là le plus important, il y avait surtout un clavier, sans queue ni pédale, peinant à transposer, mais un clavier !

Le premier à s’y coller fut Jean-François qui, de ses neuf doigts et demi, fit des miracles. Baptiste vint à la rescousse et, après s’être chauffé un peu les mains, mit le feu au wagon, en bon journaliste, il fit chanter les auteurs.

Alors, sortie de la brume comme un gorille, mais en plus jolie, et justement ce soir-là comme tous les jours depuis quelques années sans les gorilles, surgit une robe rouge dans laquelle chantait l’Ex. Elle avait du roi été la favorite avant que ce dernier, d’un trait de tweet, ne la répudie et lui préfère une actrice. Les rois sont comme ça cruels et changeants. Avoir les rennes en mains aide, paraît il, a changer de reine. Elle était venue, en 2012, avec escorte, motards, forces polices, journaliste en meutes, les tapis se déroulaient sous ses pas, le monde entier lui embrassait les pieds, jamais cette année-là elle n’aurait pu, mais l’aurait-elle voulu, chanter avec nous. Est-ce un hasard, allez savoir, mais l’autre soir, comme nous, elle chanta « être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile ». Puis le train est arrivé, Paris nous a tendu les bras de ses longs quais froids. La robe rouge a enfilé un manteau, a attrapé sa valise et est descendue seule du train, point de porteur, foin des honneurs, elle a marché au milieu de nous tirant toute seule son bagage.

Ah, il y avait aussi un chanteur d’exception, Sylvain, il fut notre kapellmeister, auteur de polar, écrivain du crime il chantait comme un ange.

Et Pierre Augustin avait tort, tout ne finit pas des chansons, tout finit sur un quai, mais Pierre-Augustin avait-il seulement pris le train ?

Brèves de Brive (2)

In Actu-book. on 13 novembre 2017 at 16 h 36 min

Les chaussures les plus sexy du monde !

C’était il y a deux ans, un siècle, une éternité. C’était un samedi soir sur la terre, comme le chante si bien Francis, à Brive, comme le chante si bien Georges, mais pas au marché non, au Cardinal !

Mais, quel est donc cet ecclésiastique qui reçoit nuitamment en province ? me direz-vous étonné.

C’est une boîte de nuit, un des ces lieux de perdition ou les jeunes vont la nuit y faire des bêtises de leurs âge quand les vieux profitent de l’obscurité pour y faire les âneries d’un autre temps.

Je ne suis point expert en « boîte », j’ai dû m’y traîner deux ou trois fois, le plus souvent sous la contrainte, je m’y suis endormi deux ou trois fois toujours sans alcool.

Je décidais donc, ce soir-là, de « sortir » comme le grand Claude fila maussade sous les climats tropicaux, j’allais avec mes idées simples vers des nuits compliquées.

Pour entrer, notre guide, experte en ces contrées, nous fit passer pour d’autres, voyager incognito est une des clés du bonheur quand on navigue en eau trouble. À l’intérieur, comme le promettait si bien le nom de la chose, la nuit ! La nuit, oui, mais aussi le bruit ! Certains, peu difficile en la matière, me parleront de musique, c’est affaire de goût, je ne jugerais point.

J’allais donc m’asseoir à un endroit stratégique, petite banquette au velours louche qu’il fallait sans doute mieux voir dans le noir pour oser s’y asseoir. La place était idéale, de là je voyais les pistes de danse, mais aussi le comptoir ou les grands fauves allaient à l’abreuvoir.

Mes accompagnateurs, qui le plus souvent étaient « trices », filèrent faire ce que l’on doit faire en ces lieux, elles sacrifièrent ce qu’il leur restait de dignité aux dieux de la dance. Elles le firent au milieu d’autres adeptes bougeant plus ou moins bien et quelquefois se contentaient d’agiter la tête comme les chiens en plastiques le faisaient sur les plages arrières des R16 de mon enfance. (R16 qui bien souvent  avaient des volants recouverts de fourrures.)

Sur la piste, les couples se formaient autant que se déformaient les corps, la transe et la danse opéraient de concert, la musique était celle qui avait bercé mon adolescence, les tubes des années 80 revenaient finir de saper les fondements d’une civilisation tout entière, devant mes yeux s’opéraient en un même mouvement les funérailles de mon innocence, du monde civilisé, de la beauté et d’une certaine idée du monde.

C’est alors que la chose s’est produite.

Une créature entre deux âges, c’est-à-dire entre le mien et celui de ma mère, est venue farfouiller à mes côtés. Plongeant ses bras dans un tas de vêtements abandonnés par les adeptes des rythmes syncopés, et bien que pourvu de prothèses oculaire, elle semblait ne rien voir, et surtout ne rien trouver. C’est là que, contre toute attente, et sortant de la réserve qui aurait dû être la mienne, celle du scientifique qui se contente d’observer, mais se refuse à l’intervention, hurlant pour couvrir la voix d’une écervelée des eighties qui parlait « d’exiler sa peur en rouge et noir », j’ai proposé mon aide… Fatal error !

— Je cherche mon pull ! me dit la femme à lunette.

— Je vais vous aider ! Ais-je du faire sans le dire.

Bredouille, pas plus de pull que d’hyménoptère au pôle Nord, je me rassois et me replonge dans ma contemplation du monde étrange qui sous mes yeux, perd huit litres d’eau minutes par le front et les aisselles, en ingurgitant un litre d’alcool par le gosier. C’est alors que j’ai senti une chose se poser sur mon épaule, à défaut de pull, la créature cherchant aventure venait trouver réconfort.

Dans mon cerveau reptilien, une petite lampe rouge s’alluma… juste sous l’inscription, « méfie-toi polo, t’es pas loin d’être dans la merde ». Je ne savais pas alors, à quel point j’étais loin de la vérité.

Soudain, sans prévenir, ce qui est souvent le cas quand c’est soudain, les deux mains de la créature se jetèrent sur mon pied, qui était négligemment posé sur mon genou dans une attitude suffisamment assurée tout en étant négligé pour donner de moi une image valorisante, et, tandis que ces mains m’enserraient la cheville, une voix, celle des deux mains, si tant est que des mains puissent avoir la parole, une voix donc, dit : «  Les Weston, ce sont les chaussures les plus sexy du monde ! »… C’était officiel, la chasse venait d’être ouverte, j’avais une bonne gueule de lièvre…

Je suis auteur, j’écris moi madame, j’ai de la répartie, le sens de la formule, alors dans une de ces envolées lyriques dont j’ai le secret, je crois que j’ai répondu : « C’est possible » ! Consternant !

Un tantinet refroidie, comme un pingouin qui a fait son premier plouf du matin, mais par pour autant redescendu, la créature ayant compris à qui elle avait affaire, décide d’attaquer différemment, c’est par la culture qu’elle m’atteindra.

— Y avait un article sur Onfray la semaine dernière dans le Point, il a les mêmes chaussures !

Me dit-elle avec l’assurance du chasseur qui vient de mettre deux cartouches dans un lapin, la certitude de celui qui a glissé deux balles dans le juke-box et qui sait qu’il va entendre sa chanson !

— Certainement ! ai-je répondu en avalant difficilement ma salive… Comment assumer le reste de ma misérable existence en marchant dans les chaussures d’un autre, sans le faire à côté des miennes ?

Dépitée, d’un pas mal assuré, trop alcoolisée, la créature s’est levée, elle est retournée voir ses semblables et a tenté en remuant dans un désordre sans cesse renouvelé toutes les parties de son corps transpirant, d’oublier que croyant chasser un lion, elle venait de passer juste à côté d’un blaireau.

Un peu plus tard je sortais de cet antre endiablé, les oreilles encore bourdonnantes du chant des sirènes Décibels et allait me coucher, seul en face d’une gare qui attendrait encore trois heures que passe son premier train.

Voilà, à Brive j’ai découvert mon véritable pouvoir de séduction et je sais maintenant pourquoi je cire mes chaussures !

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